"ce n’est pas la colle qui fait le collage"

vendredi 4 novembre 2011
par  P. Robert

L’artiste n’est pas obligé de tout faire “à la main”. Il peut ré-utiliser des images, des objets préexistants : soit par réemploi direct, soit en taillant dedans les nouvelles formes qui l’intéressent. Et puis, très vite, les choses se compliquent...

Si je veux travailler par collage et faire comprendre une tête, dois-je découper cette tête dans l’image d’une tête ? Découper cette tête dans du papier peint aura-t-il le même effet que si je la découpe dans l’image d’un pied ? L’image initiale, celle dans laquelle on va découper, apporte son sens et ses effets initiaux, elle les additionne à la silhouette que j’y découpe. Mais l’addition "forme initiale + forme finale" est une curieuse addition. Son résultat risque d’aller bien au delà d’un simple "1+1=2", car elle ouvre la porte aux hésitations de lecture, aux rebondissements, aux associations d’idées, aux dérives poétiques !

En classe, le problème que chacun eut à résoudre semblait simple au départ : travailler à plat, par découpage/collage, pour faire voir un personnage. Mais la question était ardue au final : dans quoi et comment découper/coller si l’on interdit l’utilisation à l’identique d’une forme ou d’une image pré-existantes ?

Voici quelques unes des œuvres étudiées ensuite en cours. C’est à Max Ernst qu’on doit cette formule : "Si ce sont les plumes qui font le plumage, ce n’est pas la colle qui fait le collage" (publiée en 1937 dans "Cahiers d’Art"). Lorsqu’on travaille par collage, on ne manipule pas qu’un bâton de colle ; on manipule du sens. Les surréalistes ont beaucoup utilisé ce principe, mais ils ne sont pas les seuls. Ainsi, au cinéma, on parlerait de montage : enchaînement de plusieurs plans faisant naître un sens qu’aucun de ces plans, pris isolément, n’aurait pu amener...

Max Ernst, rêve d’une jeune fille qui voulut entrer au carmel, 1929Meret Oppenheim, le déjeuner en fourrure, 1936, MOMA NYPablo Picasso, tête de taureau, 1942, Musée Picasso ParisPablo Picasso, guenon et son petit, 1951, Musée Picasso Paris